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Retrouvailles à Tananarive : cyclo toujours !
20 July 2017 Hervé Bonnaveira



Dix ans après l’Asie, le même vélo, les mêmes sacoches... Il était temps de refaire quelques tours de roue, cette fois-ci avec Thierry comme guide, au pays des baobabs et des lémuriens.



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– "Salut, vazaha ! Comment ti t’appelles ?"


Tout commence à l’hôtel Green Palace près de l’aéroport de Tananarive.
– "Ah ! Vous êtes en vélo ? Et vous allez jusqu’à Diego ?" s’étonne le patron réunionnais de l’hotel.
– "Je connais bien la route, je la fais souvent... mais en voiture. Vous serez bien fatigués à l’arrivée" nous avertit son beau-frère malgache bien calé dans son fauteuil et son verre à la main.
– "De toute façon, on vous racontera tout ça dans 3 semaines à notre retour. On repassera par là !" leur répond Thierry.
– "Vous allez bien pédaler et surtout, il y a la montée après Ankazobe. Vous verrez..."
– Pas de problème, on n’est pas pressé et on a de bons vélos.
– En tout cas, quelle belle aventure ! Dites, je peux venir avec vous ?" rajoute le beau-frère avec des yeux rêveurs. Il faut dire qu’il avait déjà bu quelques rhums arrangés de trop.

L’objectif de ce voyage est de relier la capitale Antananarivo et la grande ville du Nord : Diégo Suarez (Antsiranana). L’itinéraire débute par la RN4 qui traverse tout le haut plateau malgache puis rejoint la côte jusqu’à la pointe sur la RN6. C’est la seule route entièrement goudronnée (depuis 2006) qui permet de rejoindre le Nord de l’ïle : 1200 km.

En fait, ce n’est pas tant le voyageur qu’il faut applaudir, car lui ne fait que passer dans ces paysages austères mais plutôt celui qui reste, celui qui habite. Etre né dans un de ces villages isolés, quel choix te reste-t-il ? Quitter l’école à 12 ans pour travailler ? Retourner la terre rouge ? Faire paitre tes zébus dans les herbes jaunes ? Vendre du charbon au bord de la route ? La journée commence par la corvée d’eau : il faut aller remplir ses bidons à la fontaine du village ou directement à la rivière. Puis il faut aller chercher le bois, de plus en plus loin. Marcher pendant des kilomètres. Piller les feuilles de manioc. Cuire son repas au charbon de bois. Le soir pas de lumière, sauf pour ceux qui possèdent un groupe électrogène. Et le lendemain tout recommencer pareil.

Le voyageur à vélo prend davantage conscience de cette dureté car il y est confronté au quotidien, il est immergé. Il réalise l’éloignement des villages, car il ne croise aucune maison pendant des dizaines de kilomètres. Il subit le vent, la chaleur. Il doit se laver à la cruche comme les locaux. Il mange la même nourriture, très peu variée : beaucoup de riz, de la viande frite, rarement des légumes. Tous ces villages au nom imprononçable, juste écrits sur la carte, prennent pour lui un sens. Chacun a son caractère propre : Manerinanerina, c’est le village-cantine où s’arrêtent tous les taxis-brousses ; Mahasintjo c’est le beau panorama sur la montagne après la grande descente ; Ambomdromamy, c’est le croisement de la RN4 avec la RN6. A chaque village correspond un souvenir particulier : l’arrivée tardive à Ankazobe et le chaleureux accueil de l’hotel Tatelman, la chambre obscure et sale à Andriba, le marché géant de Maevatanana.

Mais le cyclo-voyageur possède un privilège au-dessous de tous les autres : c’est son vélo, cette formidable machine qui en deux coups de pédale le transporte dans un paysage différent. Il n’a qu’à saluer celui qui le regarde passer, les yeux interrogatifs et le visage éclairé, et le voilà déjà en route vers de nouvelles aventures. Mais l’autre reste là, marchant avec son fagot de bois sur la tête, immobile devant son stand de beignets ou assis au bord de la route. Le cyclo-voyageur est toujours en mouvement, il a un horizon devant lui, chacun de ces endroits n’est qu’une pièce dans son puzzle. Il est en quête d’un ailleurs où aller, même si cet ailleurs reste bien souvent une inconnue.






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