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Poussière, chaleur... Tenir jusqu’à Diégo !
26 July 2017 Hervé Bonnaveira



Après 700 km menés tambour battant, les organismes et les bécanes commencent à s’essoufler. Une très longue journée de piste nous fait mordre la poussière. Repos forcé.



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Marco : "– A Maromandia, même si on n’a pas la bonne clef, on se débrouille toujours pour réparer."


Depuis la descente des hauts plateaux et notre passage à Maevatanana, le climat est devenu très chaud et sec. Pour éviter l’insolation, on roule dès 6h du matin, petit déjeuner en route (biscuits secs, bananes) et l’étape est en général terminée vers 14h. On passe ensuite l’après-midi à se réhydrater de petits bistrots en épi-bars : soda, bière (THB), panaché (Fresh) et eau vive... en moyenne 6 litres de liquide par jour. Comme nous sommes toujours en bonne forme, nous décidons de nous écarter un peu de la route nationale, la RN6, pour découvrir la vie au bord de la côte et dans la brousse.
Nous prenons un bateau à moteur pour aller jusqu’à Analalava, à l’embouchure de la rivière Loza. Cette ville de pécheurs était un centre important à l’époque coloniale, mais c’est maintenant Antsohihy, un peu plus à l’intérieur des terres qui est la capitale régionale. Notre plan est de continuer par l’ancienne route nationale, en fait 77 km de piste, à travers la presqu’île d’Ambolobozo avant de rejoindre le goudron.
A l’hotel Malibu, nous rencontrons 4 motards réunionnais, habitués de ce genre de raid. Ils nous rassurent sur l’état de la piste : pas trop de sable et nous montrent leur itinéraire sur GPS : leur tracé est par contre assez différent de celui indiqué par notre carte. Il suffira de bien demander aux habitants des villages mais cette étape sera sans doute la plus hasardeuse du trajet. Dans l’après-midi, Jeannette alias Marie-France, notre guide qui ne nous lâche pas d’une semelle pour nous faire visiter la ville, nous conduit à l’embarcadère pour négocier le prix du passage. En effet, la piste commence de l’autre côté du fleuve et il faut traverser à la voile.
Le lendemain matin, à 6h30, après un bon petit déjeuner et le plein d’eau, nous voici assis très incomfortablement dans une pirogue avec les deux vélos qui nous écrasent les jambes. Lorsqu’ils déposent nos vélos en face, nous trouvons une piste très caillouteuse et en pente raide. Plus possible de reculer, nous devons avancer et même pousser. La piste se transforme très vite en chemin étroit au milieu des herbes jaunes et des latérites rouges. Au hasard des rares personnes rencontrées, Thierry exerce son malgache :
– "Zahay mila andeha Ambolobozo" ce qui signifie : Nous voulons aller à Ambolobozo.
– " Mbola lavitra Ambolobozo ?" = c’est encore loin Ambolobozo ?
– " Misy la boutique ?" = est-ce qu’il y a un magasin dans le coin ?
– " Misoatra betsaka !" = merci beaucoup !

Après avoir trouvé une piste correcte, comme souvent, celle-ci se transforme en une vague trace entre les cailloux et les herbes. Un villageois nous accompagne et nous indique un raccourci. Ouf, nous sommes sauvés mais il n’avait sans doute pas imaginé le calvaire avec nos vélos super chargés. Nous franchissons plusieurs ravines, de gros cailloux bloquent le passage, mes sacoches avant cognent et les bananes sont très vite réduites en une purée immonde. Très vite, nous sommes couverts de sueur et de poussière, les vélos aussi. La chaîne craque, j’inspecte mon vélo et je remarque que la bague qui tient mes plateaux est déserrée. Ca n’empêche pas le vélo de rouler mais il y a un jeu qui, à force, peut devenir génant. Il n’y aurait qu’un tour de clef à donner et ça serait réglé, malheureusement je n’ai pas pris la clef que je n’utilise que pour changer les plateaux. Provisoirement je reserre à la main et à la pince. Le chemin n’en finit pas de serpente. A chaque nouvelle crête, nous espérons voir derrière le village d’Ambolobozo où nous comptons déjeuner. Finalement après une descente spectaculaire dans les terres rouges, nous tombons sur une piste un peu plus large. Soulagement, voici quelques habitations ! Mais de courte durée, les habitants nous apprennent que nous ne sommes qu’à Ankorabe, à environ 25 km d’Ambolobozo. Nous réserves d’eau s’épuisent, il est déjà midi passé.

La bonne nouvelle est que la piste est maintenant bien reconnaissable et assez roulante. Mais il faut quand même pédaler dur et sans s’arrêter pour rattraper le retard. Sur la piste, les kilomètres semblent compter le double. A 13h30, nous arrivons enfin à Ambolobozo, village de brousse, maisons en bois, une petite gargote avec quelques boissons. Nous avalons en quatrième vitesse nos biscuits salés qui nous paraissent plus secs et pâteux que jamais. L’épicière nous annonce encore 45 km de piste avant de retrouver l’asphalte. Interminable ! Et pourtant les paysages sont superbes, nous n’avons pas vraiment le temps d’en profiter. Ce n’est que vers 17h20 que nous atteignons la route goudronnée. Nous sommes déjà bien entamés, mais il nous reste encore une bonne trentaine de kilomètres sur la route pour atteindre Maromandia, le seul village étape où on peut trouver des hôtels. Il ne reste plus que 40 minutes avant la nuit, mais pas le choix, nous équipons nos vélos avec les lampes et nous roulons.

Heureusement, la route est assez plate et sans trouve, nous tournons à 20 km/h. Lorsque nous arrivons à Maromandia, il y fait déjà nuit noire. Quelle étape ! Au bar du village, nous rencontrons Marco, un malgache de Nosy Bé, en vacances chez sa grand-mère. Il parle bien le français et nous trouve une chambre pour 12 000 ariary = 4 euros. Nous sommes exténués : 9h 20 de pédalage, 110 km et dans quelles conditions ! La chambre est mal ventilé, très chaude et assez sale. Elle me vaudra d’ailleurs quelques jours plus tard une conjonctivite à l’oeil : 5 jours d’antibiotiques en gouttes.

Le lendemain matin, il faut remettre les vélos en état. Marco est ravi de nous laver les vélos avec son frère Giscard. Je lui demande s’il connaît quelqu’un pour resserrer mes plateaux qui ont repris du jeu.
– " Viens avec moi, on va aller voir le meilleur réparateur de Maromandia", me répond-il.
Après avoir cherché dans 2 ou 3 maisons, il ne faut jamais être pressé à Madagascar, on finit par le trouver dans un espèce d’atelier où un autre gars était en train de faire des tests sur une radio en panne. Je demande à Berloz s’il a la fameuse clef de serrage pour mon vélo. Après avoir observé la roue tourner pendant 5 minutes sans dire un mot, il finit par dire :
– " Tsisy la clef" ce qui veut dire j’ai pas la clef.
Un autre malgache parlant mieux français se moque de moi :
– " Les vazahas, ils savent pas réparer s’ils ont pas la bonne clef, mais nous on doit se débrouiller quand même, sinon on crève de faim."
J’observe avec inquiétude Berloz démonter l’axe de la roue, opération toujours délicate. Il sort une à une les billes de roulement et les pose sur un sac. La roue est désormais à nue. La première tentative de serrage avec une clef anglaise est un échec car la clef ripe. Marco me rassure :
– " Moi j’y connais rien, mais t’inquiète pas, il va trouver une solution..."
Berloz disparaît avec la roue et décide d’aller chez lui dans son propre atelier. Nous en profitons pour retourner dans la chambre préparer les bagages et boire un coup. Nous commençons à nous impatienter car il est déjà 9h 30 et il faut déjà très chaud. Au bout d’un moment Berloz réapparaît tout sourire. Marco nous explique son plan :
– " Il dit que la bougie d’allumage de la voiture rentre exactement dans l’encoche de la bague de serrage. Attendez encore un peu et ce sera réglé !"
Effectivement, 30 minutes plus tard, Berloz revient avec une clef qu’il vient lui même de fabriquer en soudant au chalumeau la bougie sur une barre de fer. Elle s’adapte à merveille sur la bague de serrage et il n’a plus qu’à bloquer la roue. Le remontage des billes est ensuite un jeu d’enfant pour Berloz. Quelle ingéniosité ! Je me rends compte que je ne suis qu’un utilisateur. Il n’y a pas d’exploit à pédaler toute la journée sur un vélo qui fonctionne bien, encore faut-il savoir le faire fonctionner.

Nous voici enfin prêts, hommes et matériel, mais il est déjà 10h30. L’étape est de 85 km jusqu’à Ambanja avec une grosse montée au début. La chaleur humide est déjà insupportable, une dure journée en perspective.






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