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Madagascar sur la voie du développement ? ... durable ?
3 August 2017 Hervé Bonnaveira



C’est déjà la fin du voyage et l’heure du bilan. Quelques impressions et témoignages recueillis au bord de la route sur les perspectives d’avenir de la Grande Île.



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Un curieux mélange entre tradition et modernité


"Intégrité, unité et force" telle fut la devise d’Andriananampoinimerina, premier roi de Madagascar à la fin du XVIII° siècle. A cette époque, la prospérité du peuple malgache (18 ethnies différentes) reposait sur le rassemblement de toutes ses tribus rivales. Puis vint la colonisation en 1896 et l’indépendance en 1960. Sur tous les bâtiments officiels fut inscrite une nouvelle trilogie : "Amitié, solidarité et terre des ancêtres", mettant en avant des valeurs patriotiques et d’entraide. Aujourd’hui, le bien être de l’humanité nous semble passer par une éradication de la pauvreté, source de malnutrition et d’insécurité, et une augmentation du niveau de vie. Le développement économique n’est pas une fin en soi, mais juste un moyen de parvenir à ses fins. "Croissance économique, respect de l’environnement et justice sociale" : voilà les trois piliers du développement durable.

Avec ses 24,4 millions d’habitants sur une surface grande comme la France et le Bénélux, Madagascar occupe le triste 5ème rang des pays les plus pauvres au monde. Le revenu mensuel moyen par habitant s’élève à 36 $. La tâche semble énorme pour moderniser le pays : très peu de routes goudronnées ou mal entretenues, quasiment aucun réseau ferroviaire, un réseau électrique limité aux grandes villes et avec des coupures régulières, une distribution d’eau insuffisante avec une faible pression. Sur la route, nous avons pris conscience du délabrement des écoles et des hôpitaux. Un passant nous avait interpellé :
– "Bonjour, comment ça va ? Et moi, je suis professeur de français ?
– Ah, c’est déjà les vacances ou alors bientôt ?
– Il y a encore le bac la semaine prochaine. Et après il faudra corriger...
– Et la rentrée, c’est pour quand ?
– Ca, on sait pas encore. Ils l’ont pas encore annoncé à la radio.
– Ah bon ! Il n’y a pas de date officielle ?
– Non, c’est come ça...
– Bon et bien, on va continuer car on a pas mal de kilomètres à faire, nous. Au revoir !
– D’accord et bonne route. Allez, avant de partir, un petit cadeau pour moi ?"

Pour remédier à ces problèmes d’infrastructures, il y a bien quelques grands projets financés par la banque mondiale ou le fonds européen pour le développement mais quelle part de cet argent est réellement utilisé et combien part dans la poche des dirigeants corrompus ? Les intérêts particuliers prennent bien trop souvent le dessus sur l’intérêt général. Par exemple, le président actuel possédant des hotels à Nosy Bé a décidé de remplacer les vols directs La Réunion-Diégo contre des vols La Réunion- Nosy Bé, de façon à ré-orienter le flux de touristes du week-end. Carl, un français résident et qui tient un nouvel hôtel restaurant à Anivorano aimerait se lancer dans plein de projets différents : agriculture verticale, école francophone, élevage d’insectes... mais se heurte à autant d’obstacles :
– "C’est un pays où tout est à faire, tout est possible, mais il faut être bien avec les autorités."

Madagascar est essentiellement un pays agricole avec une très grande diversité de productions. Le riz est cultivé un peu partout, mais il est principalement destiné à l’exportation, les gens préfèrent acheter du riz étranger de moins bonne qualité mais moins cher. Tout au long de notre voyage à vélo, nous sommes étonnés de voir que chaque région a sa spécificité : à Mahitsy poussent les arachides, à Ambondromamy tous les étalages vendent des jujubes, à Mampikony les taxis brousses font le plein de sacs d’oignons, à Ambilobe on ramasse les noix de cajou, à Ankaramy sèchent le poivre et le café, le microclimat équatorial d’Ambanja est propice à la culture du cacao, Antsalaka est la capitale du kat (l’herbe à mâcher des malgaches)... Les ressources sont également minières (pierres précieuses, minérais) et touristiques (parcs naturels, faune endémique, plages, merveilles géologiques).
Toutes ces richesses attirent bien sûr la convoitise des investisseurs étrangers. Certains développent l’économie locale et les infrastructures, comme les canadiens très impliqués dans l’exploitation minière. D’autres, au contraire ont mauvaise réputation.
– Les Chinois, ils viennent avec leurs ouvriers, ils prennent tout et puis ils s’en vont" s’insurge Thierry, un zanatany, c’est-à-dire un malgache d’origine française (son grand-père était un colon) rencontré en route. "Tiens par exemple, pour les crabes de magroves, ils emmènent les femelles avec leurs oeufs pour les implanter chez eux. Bientôt, il n’y en aura plus ici ! Ca me dégoute !"
Puis il surenchérit :
– "Et les malgaches, c’est chacun pour soi. Quand j’étais jeune, il y a avait des champs de coton ici. Tout a fermé dans les années 80 et personne n’a su reprendre en main. Ils coupent tout ce qu’ils trouvent. Même le bois de palissandre, ils en font du charbon !"

Et en même temps, comment en vouloir à des personnes vivant sous le seuil de pauvreté de chercher leur subsistance dans les ressources à portée de leurs mains ? Tout au long du trajet, nous avons pu assister au commerce du charbon de bois. Partout des gens coupent, ramassent du bois, celui-ci est transformé en charbon de bois dans des feux étouffés puis vendu au bord des routes : environ 4 euros le sac et enfin utilisé pour la cuisson des aliments. Le charbon de bois est à mon avis, le fléau environnemental de Madagascar car ce n’est pas ici une ressource renouvelable. La forêt coupée ne repousse pas toute seule. Après la déforestation vient l’érosion du sol et la sécheresse.

Paradoxallement, les malgaches gagnent le trophée dans bien des domaines du développement durable :
– éco-construction : oui, les maisons se fondent dans le paysage car elles sont construites en terre, en paille ou en bois.
– économies d’énergie : oui, car il y a très peu d’appareils électroniques et l’électricité côute très cher.
– économies d’eau : oui, car il faut le plus souvent charrier l’eau dans des bidons.
– produits locaux : oui, car les malgaches s’approvisionnent au bazar, sorte de marché géant où la plupart des aliments sont produits localement.
– recyclage : oui pour les bouteilles en verre, et même les bouteilles en plastique qui servent à faire des achards en conserve.
– panneaux solaires : oui, à petite échelle, pour alimenter l’éclairage de la maison, une radio ou la télé, seul petit luxe autorisé.

Le temps est venu pour Madagascar de prendre son destin en main. Il faut renforcer l’éducation et la santé, apprendre aux jeunes à devenir plus entreprenants, penser à long terme. Certaines habitudes de vie comme la cuisine au charbon sont tellement ancrées dans la culture malgache qu’il faudra sans plus d’une génération pour changer les mentalités. Pourtant dans certains villages du Sud de l’île, vers Tuléar, des associations ont lancé avec succès des projets de cuisson au four solaire. Dommage que nos vélos ne nous aient pas conduits au hasard d’une rencontre dans l’un de ces villages modèles. Ce sera sans doute l’occasion d’un prochain voyage. Souhaitons que ce genre d’initiatives puisse se répandre bientôt au reste du pays.






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