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Le Laos cherche sa voie...
9 February 2007 Thierry Bonnaveira

Le Laos trouvera-t-il un compromis entre la préservation de son identité culturelle et l’attrait de la civilisation de consommation représentée par les pays voisins, Thaïlande et Chine ?





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Laos janvier 2007
La colada en el río

Notre planète a besoin que tout le monde y mette un peu du sien pour la sauver. C’est au cours d’un voyage au Laos, plus petit pays d’Asie du Sud-Est et un des plus pauvres, petit poucet de 8 millions d’habitants face à ses géants voisins: la riche Thaïlande tournée vers la modernité et le tourisme de masse, l’immense Chine et sa puissance économique en pleine expansion et enfin le dynamique Vietnam, que j’ai pleinement ressenti la nécessité d’un développement durable.

J’ai écrit ces quelques lignes de Luang Nam Tha, une petite ville perdue dans le Nord du Laos, à environ 30 km de la frontière chinoise. La ville est située dans une vaste plaine d’altitude entourée de belles montagnes sauvages dépassant les 2000 m et de forêts tropicales primaires. On y accède encore difficilement car les routes sont très sinueuses et assez dangereuses dans la région et au départ de Vientiane la capitale du Laos située 500 km plus au Sud, il faut bien compter 20 heures de bus sans compter les arrêts dans les différentes étapes. Le coin est encore préservé du tourisme de masse qui déferle par charters entiers sur les pays voisins comme la Thaïlande ou le Vietnam. Les visiteurs sont plutôt ici des routards sacs à dos qui cherchent à s’écarter de la foule et à vivre une expérience personnelle à la rencontre des nombreuses tribus montagnardes qui peuplent les environs. Akha, Khamu, Yaos, Hmongs vivent en effet encore préservés du monde moderne dans des villages cachés dans les forêts ou installés au bord des nombreuses rivières qui leur servent souvent de moyen de communication. La vie y est paisible et nonchalante, rythmée par le travail dans les rizières, la chasse, la préparation des repas et les cérémonies rituelles, mélange de bouddhisme et d’animisme. En parcourant la campagne environnant Luang Nam Tha, on peut tout doucement traverser quelques uns de ces villages et observer la vie quotidienne de leurs habitants puis faire une petite pause en forêt et au détour d’un chemin aller se rafraichir auprès d’une petite cascade. Les nombreux temples bouddhistes et stupas que l’on peut voir sont aussi une bonne occasion de s’imprégner de la spiritualité de ce pays et de percevoir sa grandeur passée: celle du royaume du million d’éléphants fondé par le roi Fa Ngum a Luang Prabang en 1353 qui depuis ce temps-là a toujours essayé de se protéger des luttes d’influence que voulaient leur imposer leurs belliqueux voisins.

Aussi quelle ne fût pas ma surprise de trouver dans la promenade champêtre de cet après-midi-là, au beau milieu des rizières et des champs de manioc ...une autoroute en construction et même quasiment terminée sur cette portion puisque je l’emprunte sur quelques kilomètres avant de rejoindre la route nationale. Elle est pour l’instant fermée à la circulation. Je croise en chemin un groupe de 4 jeunes bonzes en tenue safran sur leur vélo et qui me regardent avec étonnement mais bientôt cette autoroute sera mise en service et ce ne sera plus des vélos qui circuleront mais sûrement des centaines de camions par jour descendant les produits de consommation bon marché fabriqués en Chine jusque vers la Thaïlande voisine et par voie de conséquence au Laos également. Pour l’instant ce transport n’est pas possible par camion à cause des routes difficiles et très sinueuses. Ces marchandises transitent donc par petites quantités par le Mékong. Des cargos chinois descendent en effet des confins du Yunnan en suivant ce puissant fleuve jusqu’au premier port fluvial du Nord de la Thaïlande. Il faut voir cela, c’est un voyage difficile, long et dangereux. Les bateaux doivent se frayer un passage dans des gorges étroites parsemées de blocs rocheux impressionnants et en affronter les remoux tumultueux, braver les trafiquants d’opium présents de part et d’autre sur les rives laotiennes et birmanes du fleuve et au retour lutter à plein régime contre la puissance impressionnante de son courant.

A l’image de cette autoroute, outil moderne, qui va bientôt remplacer l’ancestrale voie de communication du Mékong, le Laos est en train de changer. On ressent déjà tout l’attrait que peuvent exercer les pays voisins sur ce petit pays resté longtemps fermé au monde moderne. Depuis que le régime communiste en place a autorisé l’ouverture sur l’extérieur, il y a environ une quinzaine d’années, les investisseurs thaïlandais notamment s’intéressent beaucoup au potentiel touristique encore vierge du Laos, et les chinois y voient un nouveau marché pour leurs produits. La majorite des produits importés viennent de ces deux pays. Les boutiques de téléphone portable s’installent même dans les petites villes et il n’est pas rare de voir dans un taxi brousse en pleine campagne un jeune Laotien sortir de sa poche le dernier Nokia ! Les marchands de cycles se font une concurrence de plus en plus forte et étalent leur stock de scooters chinois bon marché sur les trottoirs. Force est de constater que les vélos ont quasiment disparu des villes et des campagnes, il n’y a plus guère que les fillettes et leurs grands-pères à rouler avec. Sur toutes les télévisions du pays passent en boucle les émissions de variétés et talk-shows Thaïlandais. Les VCD de musique Thaï se trouvent dans toutes les échoppes de quartiers. La jeunesse laotienne est donc nourrie de ces images d’une vie apparemment facile et agréable.

Le Laos parviendra-t-il à conserver la tranquille nonchalance qui fait son charme ou l’ouverture de ces dernières années va-t-elle précipiter ses habitants comme des papillons de nuit sur la lumière artificielle de la civilisation de consommation. Il y a là un enjeu de taille. L’histoire du pays l’a déjà démontré: il est difficile de préserver son indépendance lorsque l’on ne dispose que de peu de moyens pour se défendre. Le Laos est une nation fière de son passé qui cherche encore sa voie pour se développer tout en préservant son identité socio-culturelle. S’il est un pays où le message de développement durable que veut soutenir Dévélotour Asia doit être répercuté en priorité, c’est bien ici car ce n’est pas encore trop tard mais il faut agir vite. Gageons que le Laos trouve enfin sa voie et la bonne !

Thierry B.

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